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Points clés à retenir
- Les dés ont plus de 3 000 ans : le jeu de hasard n’est pas une invention française.
- Les rois interdisent le jeu en 1254, 1319, 1369 et 1577 sans jamais l’éteindre.
- La Loterie royale de 1776 fait du jeu une recette fiscale de l’État.
- Le principe de 1806 et 1836 tient encore : interdiction générale, exceptions légales.
- L’ANJ contrôle aujourd’hui un marché de 14,1 milliards d’euros.
L’origine du jeu de hasard en France : un héritage venu de bien plus loin
L’origine du jeu de hasard en France ne se trouve pas en France. Les dés en os ou en ivoire comptent parmi les formes les plus anciennes de jeux de hasard connues, avec plus de 3 000 ans d’existence selon SOS Jeu (2024).
Osselets, dés, tirage au sort : ces objets circulent dans l’Antiquité bien avant que le royaume de France existe. Ce que l’histoire française apporte, c’est autre chose : une manière singulière d’encadrer, d’interdire puis de taxer ces pratiques.
Je distingue trois notions que l’on confond souvent. Le jeu de hasard laisse le résultat à la chance. Le jeu d’argent y ajoute une mise. Le pari porte sur un événement futur, une course ou un match.
L’archéologie permet d’affirmer l’ancienneté des dés, pas de désigner un inventeur. Toute origine « certaine » est donc suspecte.

Dés, cartes et tavernes : comment le jeu s’installe sur le territoire
Les jeux de dés circulent sur le territoire dès l’époque gallo-romaine, au rythme des échanges et des armées. Au Moyen Âge, ils s’installent dans les tavernes et les rues, bien loin des salons.
Cette pratique est d’abord populaire. Soldats, marchands, artisans : tout le monde joue, et beaucoup perdent plus qu’ils ne peuvent.
Les cartes arrivent ensuite en Europe, puis en France. L’imprimerie change l’échelle : on produit des jeux en série, donc moins chers, donc accessibles à un public plus large.
Les cartes circulent ainsi de la cour au cabaret. Sous l’Ancien Régime, la noblesse française trouve dans le jeu un instrument de distinction, mais elle ne l’a jamais monopolisé. Réduire cette histoire aux aristocrates revient à oublier la majorité des joueurs.
Pourquoi les rois ont interdit le jeu sans jamais l’éteindre
Les motifs d’interdiction sont multiples. Les autorités religieuses condamnent le vice et le blasphème, les moralistes redoutent la ruine des familles, et les chefs de guerre veulent des soldats à l’entraînement plutôt qu’aux dés.
Les ordonnances s’enchaînent :
- 1254 : Saint Louis interdit les jeux de hasard
- 1319 : Charles IV renouvelle l’interdiction
- 1369 : Charles V la renouvelle à son tour
- 1577 : Henri III interdit à nouveau les jeux.
Cette répétition prouve l’échec. Si les interdits avaient fonctionné, nul n’aurait eu besoin de les redire.
L’écart entre la loi, les privilèges et les pratiques réelles est constant. Les puissants jouent à huis clos, le peuple joue dans la rue, et l’application des règles reste inégale.
Des loteries privées à la Loterie royale de 1776
Les loteries servent d’abord à financer des projets publics ou religieux. Le principe séduit : on lève de l’argent sans impôt direct.
L’État finit par comprendre qu’il peut garder le bénéfice pour lui. La Loterie royale de France est créée en 1776, et le jeu devient une recette fiscale.
Pour visualiser cette histoire en quelques minutes, cette vidéo d’Instant Capsule résume le parcours de la loterie française.
Le poids budgétaire est réel. Selon la BnF, la Loterie royale rapporte à l’État 9,7 millions de livres de bénéfice net en 1788, soit 2 % de ses revenus cette année-là.
Napoléon, 1836 et la naissance d’un cadre moderne
Le décret de 1806 pose le principe d’une interdiction générale des maisons de jeu, avec un régime dérogatoire. C’est l’origine du modèle français : tout est interdit, sauf ce que l’État autorise.
Après la Révolution, la société, bien que privée de titres héréditaires, ne renonce pas au jeu. Il change simplement de lieu et de contrôle.
Les villes thermales et certains lieux précis bénéficient de dérogations. Le jeu y est toléré parce qu’il est localisé et surveillé.
La loi du 21 mai 1836 prohibe les « loteries de toutes espèces », avec des exceptions. Dans mon expérience de dirigeant, un cadre qui pose un interdit général pour mieux gérer les exceptions tient plus longtemps qu’une règle uniquement permissive. Ce modèle tient depuis près de deux siècles.
PMU, Loterie nationale, FDJ : les étapes du XXe siècle
Le XXe siècle organise le retour du jeu comme ressource publique. Le pari mutuel hippique, légalisé en 1891, donne naissance au PMU en 1930.
La Loterie nationale est mise en place en 1933. Elle réintroduit officiellement la loterie comme outil de financement.
Le Loto arrive au milieu des années 1970, avec la Française des Jeux. L’offre se diversifie ensuite : tirages, jeux à gratter, paris sportifs.
Ce que l’origine du jeu de hasard en France explique de l’encadrement actuel
Le principe reste celui de 1836 : interdiction générale, exceptions légales. Les opérateurs autorisés couvrent les loteries, les paris hippiques et sportifs, le poker en ligne et les casinos physiques.
Les offres de casino en ligne retrait rapide que vantent certains sites ne relèvent pas de ce cadre. Le casino en ligne n’est pas autorisé en France, et je déconseille de s’y fier.
L’Autorité nationale des jeux (ANJ) contrôle le secteur, protège les mineurs et pilote la prévention de l’addiction. En 2025, le produit brut des jeux atteint 14,1 milliards d’euros, en hausse de 3 %.
L’ANJ indique aussi que près d’un Français sur deux joue à des jeux d’argent. Une pratique aussi répandue explique pourquoi l’État préfère l’encadrer que la combattre. 🎲
Questions fréquentes
Pourquoi les jeux de hasard étaient-ils interdits en France ?
Les motifs étaient religieux, moraux, sociaux et militaires. On redoutait le vice, la ruine des familles et la perte de temps des soldats. Les interdictions de 1254, 1319, 1369 et 1577 n’ont pourtant jamais fait disparaître la pratique.
Quelle est l’origine de la roulette ?
Son origine exacte reste incertaine, et je me méfie des histoires trop belles sur son inventeur. La roulette prend sa forme moderne en France au XVIIIe siècle, avant de se diffuser dans les casinos européens.
Depuis quand les casinos sont-ils autorisés en France ?
Le décret de 1806 interdit les maisons de jeu, avec des dérogations pour les villes thermales. Les casinos sont ensuite autorisés dans certaines stations, thermales puis balnéaires, par des lois du début du XXe siècle. C’est la suite logique de l’origine du jeu de hasard en France : une pratique tolérée là où l’État peut la contrôler.


