Un enseignant recruté dans une école privée hors contrat n’est pas soumis aux mêmes règles qu’un professeur de l’Éducation nationale, ni tout à fait à celles d’un salarié classique. Salaire, période d’essai, indemnités : tout dépend d’un texte souvent méconnu des candidats comme des directions d’établissement.
Quelle CCN régit les écoles privées hors contrat ?
Concrètement, la CCN enseignement privé indépendant encadre trois filières distinctes : le personnel administratif, l’encadrement pédagogique et les enseignants, chacune avec sa propre grille de classification. Elle porte le numéro IDCC 2691 et couvre les établissements du 1er et du 2nd degré non liés à l’État par contrat, ainsi que les écoles supérieures et l’enseignement à distance. Les organismes de formation professionnelle, les centres d’apprentissage et les instituts catholiques rattachés à leur propre convention en sont exclus.
Depuis l’avenant du 13 juin 2025, la grille applicable a été revalorisée de 1,8 % au 1er mars 2026. Une hausse qui, sur le papier, concerne aussi bien un professeur débutant qu’une secrétaire pédagogique en poste depuis dix ans.
Qui est concerné par cette convention ?
Toutes les structures rattachées aux codes NAF de l’enseignement privé (85.10Z, 85.31Z, 85.41Z, 85.42Z notamment) doivent l’appliquer, quelle que soit leur taille. En pratique, trois grandes familles de métiers sont couvertes :
- Le personnel administratif et de service (accueil, comptabilité, entretien)
- Le personnel enseignant, du primaire au supérieur
- L’encadrement pédagogique (direction d’établissement, coordination)
Pour vérifier que son propre poste est bien couvert, le réflexe le plus simple reste de regarder le bulletin de paie : le numéro IDCC 2691 y figure normalement en haut de page, à côté de l’intitulé de la convention. Son absence, ou la mention d’un autre numéro, doit alerter, surtout dans les structures qui cumulent plusieurs activités (école et centre de formation, par exemple).
La période d’essai varie selon le statut : deux mois pour un employé, trois pour un technicien, quatre mois pour un cadre, renouvelable une fois d’un commun accord. Un salarié qui envisage une reconversion vers l’enseignement gagnera à se former tout en travaillant plutôt que de tout arrêter du jour au lendemain, notamment pour valider le diplôme requis sur certains échelons.
Combien gagne-t-on dans le privé hors contrat en 2026 ?
La rémunération dépend du niveau (nature du poste) et de l’échelon (expérience, diplôme). Voici un aperçu des planchers en vigueur depuis le 1er mars 2026 :
| Filière | Profil | Salaire brut mensuel |
|---|---|---|
| Personnel administratif | Débutant (échelon A) | 1 915,51 € |
| Personnel administratif | Expérimenté (échelon C) | jusqu’à 4 622,34 € |
| Personnel enseignant | Débutant | 2 107,06 € |
| Personnel enseignant | Bac+5, confirmé | 3 245,99 € |
| Enseignement à distance | Gammes 1 à 4 | 2 200,11 € à 2 732,35 € |
Un enseignant du secondaire titulaire d’un Bac+5 et confirmé dans le poste touche donc environ 1 100 euros de plus par mois qu’un débutant sans qualification particulière. L’écart se resserre en revanche côté administratif, où l’ancienneté pèse davantage que le diplôme. À noter aussi : l’enseignement à distance suit une logique différente, avec des paliers moins écartés, calés sur le volume de suivi pédagogique plutôt que sur le diplôme d’entrée.
Ces montants restent des planchers conventionnels : un établissement peut toujours proposer mieux, mais pas descendre en dessous, sous peine de rappel de salaire devant le conseil de prud’hommes.
Quelles protections pour les salariés ?
Au-delà du salaire, la convention prévoit plusieurs garanties qui dépassent le socle légal :
- Maintien de salaire en cas d’arrêt maladie, de 30 à 80 jours selon l’ancienneté
- Indemnité de licenciement dès 8 mois de présence dans l’établissement
- Prévoyance obligatoire couvrant l’incapacité, l’invalidité et le décès
- Indemnité de départ à la retraite pouvant atteindre 4 mois de salaire
- Congés pour événements familiaux (mariage, naissance, décès d’un proche)
Ces dispositions s’appliquent automatiquement dès lors que l’établissement relève du champ d’application, sans que le contrat de travail ait besoin de les reprendre une à une. En cas de désaccord sur un point précis, mieux vaut confronter sa fiche de paie au texte de la convention plutôt qu’à ce que dit l’employeur de bonne foi.
Entre grilles salariales revalorisées et garanties collectives parfois plus favorables que le droit commun, ce texte reste un outil de négociation trop souvent laissé de côté par les salariés du secteur, alors qu’il conditionne directement leur fiche de paie.


